AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

MARCHE UNIQUE DU TRANSPORT AÉRIEN EN AFRIQUE

Décollage immédiat

Vingt-trois pays africains ont lancé un marché unique de l’aviation en Afrique, lundi 29 janvier 2017. C’est un tournant pour le secteur des transports aériens qui est entravé par le protectionnisme des gouvernements, les taxes élevées et les réglementations strictes.

Le président du Rwanda et président de l’Union africaine, Paul Kagame, et son homologue togolais, Faure Gnassinbge, ont dévoilé le projet de ciel ouvert sur le continent africain. Parmi les signataires figurent les trois pays qui détiennent les plus grandes compagnies aériennes du continent, notamment l’Ethiopie, l’Afrique du Sud, le Kenya, mais aussi le Nigeria dont le gouvernement a pris le contrôle d’une compagnie aérienne en 2017.

L’Union africaine décrit le marché unique du transport aérien africain comme l’un de ses projets phares dans l’Agenda 2063. C’est « très important pour le développement global du continent… Nous devons agir aussi vite que possible pour réaliser la mise en œuvre complète de ce projet », a déclaré le président Paul Kagame.

Une opportunité pour les pays africains

Le marché unique africain du transport aérien (SAATM) est un espace aérien dérégulé et harmonisé, permettant aux avions de voler librement entre les États membres de l’UA qui ont accepté l’initiative. En 1999, il y avait déjà un accord pour ouvrir les routes aériennes intra-africaines. La Décision de Yamoussoukro n’a pas rencontré le succès espéré. Le transport aérien en Afrique est cher, limité et dépend des accords bilatéraux.

« Le marché commence à fonctionner immédiatement. Les compagnies aériennes éligibles qui ont été désignées par leurs pays sont libres d’opérer dans des Etats sans restrictions réglementaires. La réglementation de la concurrence, les règles de protection des consommateurs, le cadre institutionnel et la résolution des litiges pour gouverner l’ensemble du marché sont déjà en place », a expliqué David Kajange, chef de la Division des transports et du tourisme.

L’Open Sky faciliterait la libre circulation des vols entre les pays africains en libéralisant les fréquences, les tarifs et les capacités, en supprimant les obstacles qui ont par le passé augmenté les coûts. Les taxes élevées et les infrastructures médiocres ont empêché les transporteurs africains de se développer aussi rapidement qu’ils le devraient pour profiter de la croissance prévue du marché.

« Les compagnies aériennes seront en mesure de répondre à la demande. Pour les clients, ils auront plus d’avantages, car ils recevront autant de services au moment où ils le veulent, où ils veulent », a confié à Reuters Tewolde Gebre Mariam, directeur général d’Ethiopian Airlines.

Le transporteur éthiopien appartenant à l’État, le plus gros du continent en termes de recettes et de bénéfices, milite depuis longtemps pour l’approbation de ce projet. « Les prix vont également baisser. Les pays signataires bénéficieront de plus de tourisme et de commerce – cela signifie une croissance économique plus rapide », a-t-il déclaré. Les tarifs pourraient baisser jusqu’à -35%.

 

La libéralisation après le protectionnisme dans le secteur aérien

En 2015, l’Association internationale du transport aérien (IATA) a déclaré que l’accord de Yamoussoukro avait le potentiel de créer 155 000 emplois et de transporter 5 millions de passagers supplémentaires par an sur le continent. Cette année-là, l’IATA a déclaré que l’industrie aéronautique africaine a progressé de 4,7%, soit plus vite que dans toute autre région, bien que la croissance soit très faible. L’IATA s’attend à ce que le nombre de passagers double à 300 millions dans les deux prochaines décennies.

Beaucoup de travail est nécessaire pour créer un ciel véritablement ouvert en Afrique. L’Afrique représente environ 15% de la population mondiale, mais seulement 3% du trafic aérien mondial, selon l’Organisation de l’aviation civile internationale.  Le protectionnisme étatique, alimenté par la crainte que les transporteurs nationaux ne puissent pas concurrencer les grandes compagnies aériennes, a entraîné des taxes et des tarifs élevés pour ceux qui souhaitent atterrir sur le sol africain.  « Le continent est en proie à des compagnies aériennes appartenant au gouvernement, aux moyens incroyablement inefficaces de l’Etat et qui ne sont pas vraiment adaptés à un usage commercial », a déclaré Tim Coombs, directeur général d’Aviation Economics, une société de conseil basée à Londres. Le problème de la connectivité en Afrique est illustrée par les escales dans une ville européenne ou du Moyen-Orient pour passer d’un pays africains à un autre.

Une étude réalisée en 2015 par la Commission africaine de l’aviation civile et l’Association internationale du transport aérien a révélé que la libéralisation totale du secteur aérien dans 12 des plus grandes économies du continent ajouterait 1,3 milliard de dollars à leur production. Le Rwanda a doublé ses recettes touristiques deux ans après avoir ouvert son espace aérien.