AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

ZLEC
De l’espoir et des doutes après l’adhésion de l’Afrique du Sud

La signature par l’Afrique du Sud de l’accord sur la Zone de libre-échange continental (Zlec) va-t-il permettre de donner de la crédibilité à cette ambition de l’Union Africaine. Les sceptiques n’en démordent pas et continuent à mettre en doute la mise en pratique de cette décision, comme tant d’autres qui ont été prises auparavant au niveau continental. Le marché unique va-t-il profiter aux africains ?

Le Sommet de Nouakchott a permis à l’Union Africaine de franchir un petit pas vers la Zone de libre-échange continentale. L’adhésion tant attendue de l’Afrique du Sud est enfin obtenue, suivie de quatre autres pays que sont la Namibie, le Burundi, le Sierra Leone et le Lesotho. Désormais, ce sont 49 pays qui se sont engagés à construire ce marché unique composé de 1,2 milliard de consommateurs. La signature sud-africaine compense un peu le vide laissé par le Nigéria toujours réticent à parapher l’accord. C’est encore loin d’être gagné puisque seulement 8 pays ont ratifié l’accord, les autres sont restés au stade de l’engagement. Il faudra au moins 22 pays à l’avoir ratifié pour que la ZLEC soit effective.

Au niveau de l’UA, on estime que le point de non-retour a été franchi et il faudra avancer, avec ou sans le Nigéria. L’adhésion d’Abuja reste espérée. L’économie nigériane est trop importante pour la région de l’Afrique occidentale, sans oublier ses 190 millions de consommateurs. Or, le président Buhari a durci sa politique en appliquant un protectionnisme plus que sévère. Afin de favoriser l’industrie locale, le pays a frappé nombreux produits d’une interdiction à l’importation. Or, le but de la ZLEC est justement de favoriser l’industrialisation et le commerce intra-africain. Au niveau de l’UA, on mobilise les pays à avancer, quitte à prendre des risques si nécessaire.

La zone de libre-échange a déjà montré ses preuves ailleurs puisque le commerce intra-continental représente plus de la moitié des échanges sur les autres continents, près de 70% en Europe. L’Afrique a donc du chemin à parcourir puisque 16% du commerce se font au niveau du continent. Le rêve de voir les 55 pays membres de l’UA ratifier la Zlec pour avoir un continent unifié et riche de 2500 milliards de dollars de PIB deviendra-t-il réalité.

L’intégration continentale reste une utopie sur le plan économique alors que l’unité elle-même est de temps en temps mise à mal sur le plan politique. Le contexte n’est certainement pas favorable à des échanges intra-africains : un déficit en infrastructures, des barrières tarifaires et non-tarifaires très enracinées, un déséquilibre important entre les économies… Certains doutent sur la capacité ou la volonté des pays africains à respecter leurs engagements, encore moins les règles établies.