AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

TRAFIC AÉRIEN EN AFRIQUE

Les prévisions sont optimistes

 

Le continent a réalisé, en termes de trafic aérien, une progression de 5,7% en 2016, contre 2,3% un an plus tôt. Et les analystes estiment que les prochaines années vont connaitre des taux de croissance robuste.

Le directeur général de l’Organisation des Services de Navigation Aérienne Civile (CANSO), Jeff Poole.

Le volume du trafic aérien en Afrique ne représente que 2% du mouvement aérien mondial global. Un énorme défi reste ainsi à relever par les pays africains pour faire du transport aérien un grand levier de son développement. Pour  le directeur général de l’Organisation des Services de Navigation Aérienne Civile (CANSO), Jeff Poole, le transport aérien est la clé de réussite de l’essor économique de l’Afrique, car il assure la connectivité et l’accès aux marchés, favorise le tourisme et augmente le Produit intérieur brut (PIB).

Nombreux observateurs de la scène aéronautique continentale affichent cependant leur optimisme quant à une amélioration significative des chiffres dans les prochaines années. On remarque en effet que les efforts déployés par les pays et les transporteurs impactent plus fortement sur les statistiques. Aussi, le trafic passagers de TunisAir, la compagnie aérienne tunisienne, au cours du mois de septembre 2017, a connu par exemple une progression de 15,5% à destination des pays d’Afrique. Le trafic a connu globalement une progression de 23,1%. La part du trafic passagers à destination des pays africains passe à 14,3% juste derrière les pays européens avec 77,3% du trafic, devant les pays du Moyen-Orient avec seulement 7,1% et le Canada 1,3%.

En Afrique de l’Ouest, les chiffres sont également en augmentation. Raison surement pour laquelle le Conseil des ministres du Sénégal a adopté, le 11 octobre 2017, un projet de décret portant ouverture à la circulation aérienne publique de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD). Pour rappel, le président de la République, Macky Sall, a demandé au gouvernement de prendre toutes les dispositions requises en vue de l’inauguration et du fonctionnement effectif, le 7 décembre prochain, de cet aéroport qui devrait aussi apporter sa contribution dans le développement du trafic aérien dans la région.

 

RwandAir crée la surprise

D’autres initiatives sont aussi à constater à l’instar du développement de la compagnie RwandAir. En un laps de temps, les autorités sont parvenues à transformer de façon remarquable  le Rwanda en investissant, entre autres, notamment dans le tourisme et l’aviation. Ainsi, d’abord  sous-estimée, reléguée au second rang,  RwandAir est devenu un transporteur dont l’évolution est suivie de très près par les acteurs du secteur. « Dans un contexte africain où les nouvelles compagnies disparaissent quelques années seulement après leur création, RwandAir,  lancée en 2009,  s’aligne sur une trajectoire d’expansion qui force l’admiration », lit-on dans un article largement partagé sur les réseaux sociaux.

La compagnie opère actuellement  avec 02 Bombardiers Q400, 02 Bombardiers CRJ900,  02 Boeing B737-NG,  03  Boeing B738,  1 Airbus A320 et 1 Airbus A330. Une flotte jeune et moderne qui dessert 21 destinations dont 18 villes africaines. L’acquisition récente de son Airbus A330 (première  en Afrique de l’Est) répond, selon les responsables, à un besoin stratégique de la compagnie de s’ouvrir sur les vols long-courriers mais aussi de se renforcer sur le marché africain où les autres références comme Ethiopian Airlines, Royal Air Maroc et Kenya Airways poursuivent leurs ambitieux programmes. On notera également que malgré ses difficultés du moment, South African Airways pourrait revenir rapidement dans le jeu.

 

Une progression notable

Selon l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), le continent a enregistré une progression de 5,7% de son trafic aérien l’année dernière. Cette progression a été possible malgré l’essor timide du low-cost africain. Les plus optimistes affirment sans hésiter que le transport aérien en Afrique commence à prendre de la haute altitude. En 2016, le ciel africain a été en effet  beaucoup plus fréquenté qu’en 2015.

Dans ses statistiques, publiées début janvier sur l’activité aérienne mondiale, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) indique que le continent a réalisé une progression de 5,7% en 2016, contre 2,3% un an plus tôt. Cette croissance fait de l’Afrique, la seule région du monde à améliorer ses performances, excepté le Moyen-Orient.

Malgré tout, la part du continent demeure faible. Le rapport provisoire de l’OACI ne donne pas plus de détails sur le nombre exact de passagers transportés sur le continent, mais estime à 3,7 milliards les voyageurs ayant pris l’avion dans le monde durant l’année écoulée. Ce total, rapporté à la part de l’Afrique, plafonnerait le nombre de voyageurs qui sont passés par l’Afrique à environ 111 millions de personnes.

Question d’accessibilité

Par ailleurs, alors que l’OACI constate que «plus de la moitié des touristes dans le monde, qui voyagent à l’international chaque année, ont été transportés par voie aérienne», son communiqué indique aussi que les compagnies low-cost ont assuré 28% du trafic aérien de passagers en franchissant, pour la première fois, la barre du milliard de personnes transportées dans leurs avions. Cette montée en flèche des compagnies à bas coût relance naturellement le débat sur l’émergence de ce modèle de transport en Afrique. Et pour l’heure, force est de constater que le décollage tarde à être effectif. Actuellement, on ne compte qu’une dizaine de compagnies low-cost en Afrique. Ces transporteurs sont essentiellement sud-africains, Kulula.com, Skywise, FlySafair, Mango, Flyafrica, kenyans (Fly540, JamboJet), tanzanien (Fastjet), ainsi que le nigérian Dana Air.

A savoir que l’Afrique est la zone géographique où les prix de l’aérien sont des plus chers. Les transporteurs low-cost sont donc les plus aptes à répondre aux attentes de la clientèle africaine, constituée en partie des classes moyennes en forte hausse. Alors que la concurrence entre les grandes compagnies internationales s’intensifie dans le ciel africain, le meilleur moyen pour ces derniers de se démarquer serait d’anticiper les investissements sur ce créneau prometteur.

 

Les voyages d’affaires, un marché qui va exploser

D’après une étude de l’IATA en 2014, la libéralisation des espaces aériens entraînerait une amélioration des services et une baisse des prix, stimulant ainsi le trafic et les flux commerciaux. Et cette étude a servi de base à des analystes qui ont à leur tour produit un rapport qui soutient que le tourisme d’affaires africain va connaître un boom dans les années à venir. Mais il y a aussi les mesures d’intégration régionale telle que la récente décision de plusieurs pays de l’Afrique centrale d’ouvrir leurs frontières.

Les Africains voyagent de plus un plus sur le continent pour affaires. Les prévisions tablent ainsi sur le doublement de la part du tourisme d’affaires intra-africain dans le trafic aérien, à l’horizon 2022. Une hausse spectaculaire attendue qui a amené les compagnies à revoir leur stratégie sur ce segment.

En 2016, la contribution du secteur tourisme au PIB global de l’Afrique a été de 7,8 %, soit 165,6 milliards en valeur et elle devrait connaître une relative hausse cette année pour s’apprécier à 7,9 %, soit 170,5 milliards de dollars. Selon les projections, cette contribution devrait ensuite croître de 4,6 % par an pour atteindre 268,2 milliards de dollars d’ici 2027. Et la part des voyages d’affaires en avion réalisés par les Africains sur le continent devrait représenter près de 12% de ce chiffre.