AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

TELECOMMUNICATIONS

Les grands groupes se ruent sur l’Afrique

Le secteur des télécommunications en Afrique continue de susciter un intérêt croissant des grands groupes internationaux, qui se ruent sur le continent africain actuellement.   C’est désormais l’un des secteurs les plus en vue. Une manne pour ceux qui ont su profiter de la situation au moment opportun, grâce à un marché sans cesse en évolution et une demande toujours en hausse.

 

L’Afrique reste pour le moment le continent le moins loti dans le monde en termes de couverture des réseaux de télécommunication. Mais le potentiel est énorme. Et la plupart des grands groupes internationaux  continuent d’investir dans le secteur, en étant conscients des retombées à venir.

Le secteur a ainsi connu une croissance fulgurante au cours des derniers temps. Les six dernières années ont été marquées par une hausse d’un peu plus de 70% du nombre des abonnés en téléphonie mobile en Afrique. Actuellement, plus de la moitié de la population du continent est connectée à un réseau de téléphonie mobile. Mais les grands groupes ont depuis longtemps les yeux rivés sur l’autre frange de la population non encore connectée. C’est ce qui explique en partie le grand bond en avant de la souscription à des offres de téléphonie mobile en Afrique. Autour de 327 millions d’Africains étaient abonnés à un réseau mobile en 2010 contre plus de 650 millions actuellement. D’ici à 2020, le continent devrait compter plus de 725 millions d’abonnés, soit plus de 75% des populations du continent. Des marchés restent donc à conquérir.

Si au niveau de certains pays, le taux de pénétration de la téléphonie mobile a largement dépassé les 100%, comme au Gabon et dans la plupart des pays d’Afrique du Nord, sur l’ensemble du continent on se félicite souvent déjà du fait que le taux de 70% d’il y a quelques années dépasse déjà le taux d’accès de la population à l’électricité, estimé autour d’une moyenne de 42% pour toute l’Afrique.

Marge de manœuvre importante

Les pays les plus peuplés sont également ceux qui connaissent une évolution rapide du secteur des télécommunications. Le Nigeria, l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya, la République démocratique du Congo, l’Algérie et la Tanzanie sont les pays qui devraient connaître ainsi une hausse importante des usagers de la téléphonie mobile et d’internet dans les prochaines années. Mais les autres pays ne sont pas en reste. C’est dire que les grands groupes ont encore une marge de manœuvre importante. D’où la mobilisation des multinationales.

 

On a noté très récemment que des investisseurs américains sous la houlette du Corporate Council on Africa ont prospecté dans le domaine des télécommunications au Soudan, sitôt les sanctions économiques sur le pays ont été levées par les Etats-Unis. Dans de nombreux pays aussi, la prospection est très fréquente dans le secteur des télécommunications.

On comprend la ruée, étant donné que le continent est théoriquement le deuxième marché au monde en termes de nombre d’usagers.

Forte concurrence

L’ouverture progressive du marché, et souvent à marche forcée, dans le cadre de la libéralisation des économies nationales, a dans de nombreux cas permis de développer assez rapidement le secteur. La plupart des pays du continent sont ainsi passés d’une situation de monopole à une situation de rude concurrence entre les opérateurs. Une étude intitulée «Les enjeux des télécoms dans les pays émergents», réalisée par  la société de conseil BearingPoint, mentionne qu’en 1992 «75% des pays africains n’avaient aucun réseau mobile et les 25% restants étaient en situation de monopole ». L’étude note cependant l’évolution rapide de la situation : « Cinq ans plus tard, on retrouvait 95% des pays avec un réseau mobile, mais 75% étaient encore en monopole. En 2002, il ne restait plus que 20% de monopoles et aujourd’hui, le monopole concerne moins de 10% des pays ».

 

Les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès internet se donnent les moyens de conquérir le continent. La plupart des gouvernements cherchent les possibilités de faciliter le développement du secteur. Même si, à bien des égards, les principaux acteurs des télécommunications ont beaucoup de desiderata pas toujours faciles à satisfaire.

 

Le poids des taxes est souvent montré du doigt au niveau de certains pays. GSM Association (GSMA), regroupant environ 800 opérateurs dans le monde a fait comprendre que dans certains pays comme le Ghana, la Tanzanie, la Tunisie et la République Démocratique du Congo la suppression d’une taxe de 10% devrait permettre aux opérateurs d’attirer quelques millions de nouveaux usagers. Pour certains gouvernements, accéder à ce genre de souhait s’avère toutefois difficile. L’étude réalisée par BearingPoint spécifie par exemple que « la téléphonie mobile produit 7% des recettes fiscales totales de l’Afrique subsaharienne ».

Le coût des licences est également jugé trop élevé, dans certains cas, du fait du désir des autorités gouvernementales d’engranger le maximum de recettes dès l’implantation d’un opérateur. Mais malgré les embûches, le continent compte désormais quelque 180 opérateurs mobiles, contre 60 il y a une dizaine d’année encore. La Somalie, avec 9 opérateurs titulaires de licence est sans doute, le pays d’Afrique où les acteurs de la téléphonie mobile se livrent la concurrence la plus rude, mais souvent au détriment des investissements. Cette approche constitue donc, selon de nombreux analystes, une arme à double tranchant.

 

Parmi les opérateurs les plus influents sur le continent, et qui déploient d’importants moyens pour assurer leur réussite,  on cite souvent le britannique Vodafone, avec ses nombreuses filiales sur le continent, le français Orange, l’indien Bharti Airtel, le sud-africain MTN et l’émirati Etisalat.

Internet haut débit

En termes d’accès à internet, le marché est également insuffisamment exploré. L’Afrique représente, en effet, pour le moment autour de 5% des utilisateurs d’internet dans le monde, avec un peu plus de 2

 

80 millions d’internautes, soit un taux d’accès autour de 23%. La disparité est toutefois énorme entre les différents pays du continent. 80% des internautes Africains sont ainsi concentrés dans 10 pays seulement sur la cinquantaine que compte le continent, à savoir le Nigeria, l’Egypte, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Maroc, le Soudan, l’Algérie, l’Ouganda, le Ghana et l’Angola. Pour certains pays, les difficultés d’accès sont liées à un fort taux de la population habitant les zones rurales et n’ayant pas accès à l’électricité. L’analphabétisme constitue également un frein dans de nombreux cas.

 

Mais tous les acteurs dans ce domaine reconnaissent que tout peut changer très vite. Les offres 2G sont toujours très fréquentes sur le continent mais GSMA estime que jusqu’en 2020, les 60% des offres concerneront les connexions en haut débit. Et ce, grâce notamment à une forte croissance aussi pour les offres de connexion en mobile.

Très peu d’analystes s’attendaient à un progrès assez rapide dans le domaine de la connexion mobile et des Smartphones en Afrique. Actuellement, 60% des connexions internet sur le continent s’effectuent par téléphone mobile. Le cabinet Deloitte a fait savoir que le nombre de Smartphones sur le continent devrait dépasser les 350 millions d’appareils dès cette année 2017. Dès 2020, GSMA table sur plus de 700 millions de connexions sur Smartphones sur le continent africain.

Fibre optique à domicile

De même, les efforts pour développer l’internet fixe à très haut débit focalisent les efforts des Etats africains. Le déploiement de la fibre optique au niveau national et au niveau régional se multiplie. Les appels d’offres lancés par les Etats sont nombreux. Le déploiement de la fibre optique à domicile FTTH n’a cessé d’évoluer au cours des dernières années dans de nombreux pays. Dans ce domaine, les opérateurs chinois comme Huawei sont à l’affût sur le continent. Dans certains cas, le groupe chinois parvient à convaincre les Etats à conclure un prêt à taux concessionnel auprès de China Exim Bank pour obtenir par la suite les marchés de pose de la fibre optique. Une approche souvent critiquée mais qui constitue une aubaine pour les gouvernements qui ne disposent pas de suffisamment de fonds pour implanter les infrastructures nécessaires pour développer le déploiement de la fibre optique au niveau national.

Un autre asiatique, l’opérateur sud-coréen, Korea Telecom, ne veut pas non plus rester les bras croisés. Au Botswana, c’est dans le cadre de l’amélioration du réseau data qu’un partenariat a été conclu avec Botswana Telecommunications Corporation. Les transformations du réseau devraient permettre à l’opérateur botswanais de fournir par la suite internet à un débit allant jusqu’à 50 Mbps à ses clients.

Avec des opérateurs internationaux de plus en plus attirés par le potentiel africain, et avec des gouvernements contraints de répondre aux besoins des populations, on peut s’attendre à une évolution constante dans le secteur des télécommunications en général et celui des NTIC en particulier dans les années à venir. Les habitants du continent en seront les premiers bénéficiaires.