AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

TELECOM
Libérer le dividende numérique pour le haut débit mobile

De nombreux pays africains sont officiellement en période de transition numérique, mais les choses semblent évoluer peu pour ce qui est du passage de la télévision analogique au numérique. Des opérateurs télécoms devancent parfois un gouvernement et déploient la TNT avant même qu’une feuille de route claire, concertée et acceptée par tous les acteurs ne soit mise en place. La GSM Association (GSMA) prodigue conseil aux pays en citant en exemple l’expérience kényane.  

La transition numérique est incontournable pour le continent africain. Selon les recommandations de l’Union internationale des Télécommunications, les fréquences utilisées jusqu’ici par la télévision analogique devront être libérées. Les décideurs politiques ont ratifié cette décision mais il reste aux autorités de régulation de la mettre en pratique. Le Spectre du Dividende Numérique (*), c’est-à-dire la bande 700/800 MHz, sera alors réattribué aux opérateurs mobiles pour déployer des technologies offrant une meilleure connectivité, un meilleur service et pouvant toucher un plus grand nombre d’utilisateurs.

Le Kenya est un pionnier en Afrique en matière de transition numérique. Le pays a entamé le processus dès 2006, avec une double conviction. Tout d’abord, passer de la télévision analogique au numérique va permettre de fournir au public de meilleurs contenus télévisuels. Ensuite, la bande de fréquences du dividende numérique une fois libérée peut être utilisée de manière plus efficace et pertinente avec les services liés à la téléphonie mobile.

Une transition numérique harmonieuse et acceptée

En utilisant les basses fréquences, les opérateurs peuvent couvrir des zones plus étendues et toucher un plus grand nombre de personnes avec le haut débit mobile. C’est une opportunité pour un pays de couvrir les zones rurales puisque les coûts de déploiement moins élevés et par conséquent les coûts des services aux utilisateurs baissent aussi. Le milieu urbain tire également profit de ces basses fréquences dont les ondes traversent facilement les murs.

La Transition ne se fait pas aussi naturellement, car il y a des enjeux économiques notamment sur le marché de la diffusion de chaînes numériques et l’acquisition de l’équipement de réception d’images numériques pour les téléspectateurs. Les diffuseurs de bouquets satellites font de la résistance et surtout du lobbying pour retarder la transition numérique. Ils passent notamment des accords avec les chaînes existantes pour intégrer ces dernières dans le bouquet. Les usagers paient donc un abonnement pour avoir accès à des chaînes nationales, publiques et privées transmises par satellites. Or, l’objectif de la libération du dividende numérique et le passage à la Télévision Numérique Terrestre (TNT) est aussi de démocratiser l’accès aux contenus gratuits.

La GSMA recommande aux Etats africains de bien élaborer une feuille de route pour leur processus de migration numérique. La transparence est de mise pour la réaffectation du spectre du dividende numérique, les critères d’attribution des fréquences libérées et les délais. Adopter des normes techniques internationales est stratégique, vu que les opérateurs sont susceptibles d’opérer dans plusieurs pays et pourront alors bénéficier de l’économie d’échelle. Les acteurs du secteur doivent être impliqués dans la planification afin qu’ils soient préparés aux futures modifications techniques. Cela permet d’éviter les contestations et les reports de la date pour une migration effective. Il faudra aussi informer et rassurer le public, car les idées sur la TNT sont nombreuses et risquent de perturber le processus.

(*Le dividende numérique désigne l’ensemble des fréquences libérées suite au passage à la télévision numérique terrestre et à l’arrêt de la télévision analogique).