AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

TCHAD
L’énergie solaire pour les villes et les villages  

Le déficit de production d’électricité au Tchad contraint la compagnie nationale à opérer un délestage, provoquant le mécontentement de la population notamment dans la capitale. Le pays a opté pour une solution à long terme par la production d’énergie solaire, avec le partenariat de la compagnie Émirati Almaden Emirates Fortune Power LLC, basée à Dubaï.

Paradoxalement, c’est bien avec le ministère tchadien du Pétrole et de l’Énergie que le partenaire émirati a signé un accord. L’objet de cette convention est la construction d’un parc photovoltaïque pour produire entre 200 et 400 MW d’énergie solaire. Le potentiel du pays dans ce type d’énergie renouvelable est énorme mais les investissements sont coûteux. Avec cette nouvelle centrale, plusieurs milliers de foyers tchadiens seront fournis. C’est une bonne nouvelle pour les habitants de la capitale qui subissent le délestage. En mars 2018, le président Idris Débi a limogé les dirigeants de la Société nationale d’électricité (SNE) pour calmer la colère de la population. On reprochait à la compagnie non seulement l’insuffisance de la puissance fournie mais aussi une distribution partiale de l’électricité, privilégiant les quartiers riches.

En 2017, le Tchad a lancé deux grands projets d’énergie solaire. Le premier sera implanté dans la capitale et aura une capacité de 32 MW. Il est financé par la BAD. C’est une petite centrale qui devra atténuer à court terme le déficit énergétique dans la ville en attendant la fin de la réhabilitation de l’actuelle centrale électrique de la SNE toujours avec le partenariat de la BAD. Le second projet est à vocation d’électrification rurale. L’investissement atteint les 23 millions de dollars, financés par la Banque islamique de développement (BID) à hauteur de 87% et 11% par le gouvernement tchadien. On note l’implication du Maroc avec 2% détenus par l’Office national d’électricité et d’eau du Royaume. Le but est de produire de l’électricité fiable et de les distribuer à un prix abordable auprès de la population rurale. C’est un projet qui fait partie d’un programme de développement intégré de la partie au sud de la capitale, dans l’axe Toukra-Mandalia.

L’énergie solaire est au cœur de la stratégie tchadienne qui, malgré ses ressources en pétrole, a du mal à approvisionner en gas-oil ses stations thermiques. Le déficit énergétique est énorme puisque seulement 5% de la population sont connectés au réseau. Dans la capitale Ndjamena, moins de 35% des habitants ont ce privilège mais la puissance installée est encore insuffisante. Conscient du potentiel photovoltaïque du pays avec 4 à 6 kilowattheures par mètre carré et par jour, le gouvernement privilégie l’énergie solaire pour l’électrification des villes et des villages. Le Tchad bénéficie du rayon du soleil environ 3000 heures par an. Le pays a pourtant fait des avancées dans le secteur de l’énergie puisque la consommation nationale, cantonnée à 0,9 milliard KWH depuis deux décennies est passée à 0,2  milliard KWH depuis 2014. Les nouveaux projets en énergie solaire vont permettre de répondre à la demande des abonnés et de connecter de nouveaux foyers.