AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

TCHAD-CARBURANTS
La hausse des prix en attendant Sédigui

La hausse des prix des carburants et du gaz, considérés comme des produits de première nécessité a du mal à passer aux yeux de la population et de la société civile au Tchad.  La décision du gouvernement est décriée, jugée non fondée et impopulaire. Le pays est pourtant en passe de devenir un producteur important d’hydrocarbures du continent dans les années à venir en se dotant d’une raffinerie de pétrole et d’une usine de traitement et de purification du gaz. 

L’enjeu est à la fois économique et écologique. Une hausse des prix des carburants va peser lourd sur le budget des ménages et pourrait impacter sur les prix des transports. Par effet induit, on peut donc craindre une baisse du pouvoir d’achat accompagnée d’une inflation. Le gouvernement tchadien a dû prendre une décision impopulaire mais ô combien indispensable pour appliquer la vérité des prix et pour économiser de l’argent en limitant les subventions.

Cette décision pourrait décourager les consommateurs à utiliser le gaz comme énergie domestique notamment pour la cuisine. Cela risquer d’augmenter la pression sur la forêt, car on utilisera plus de bois comme combustibles. Selon l’Alliance des Défenseurs des Droits Humains et de l’Environnement au Tchad (ADHET), le gouvernement a bien fait d’interdire la coupe de bois mais il faudrait qu’il propose des alternatives.

L’ADHET réclame une subvention de l’Etat pour faire baisser les prix. Cette mesure attendue concerne notamment le gaz. Une quête qui semble difficile vu que la hausse des prix a été annoncée via la loi des finances 2018. Il faudrait attendre la loi rectificative des finances à la fin du premier semestre pour espérer voir le gouvernement débourser ce qu’il a réussi à économiser.

Les tchadiens vont devoir faire preuve de patience pour acheter les carburants et le gaz moins cher. Dans la région du Kanem, au nord-ouest du pays, la construction de l’usine de Raffinage du pétrole de Sedigui et de l’usine de traitement et purification du gaz de Rig-Rig ont commencé.

Le président Idriss Déby estime que le projet Sédigui va fédérer les Tchadiens. Ce projet pétrolier a été entamé en 1973, et va enfin se concrétiser grâce à des investissements de 58  millions de dollars pour la raffinerie et 120 millions de dollars pour l’usine de gaz. Le chef d’Etat tchadien veut faire de son pays un marché important pour ses voisins en termes des produits pétroliers raffinés et gaziers.

Sédigui est donc un rêve qui devient réalité, si l’on en croit le ministre tchadien de l’énergie. Béchir Madet estime qu’avec ce projet, le Tchad pourra renforcer son indépendance énergétique, créer des emplois pour la jeunesse et permettre aux opérateurs économiques de se créer des opportunités. L’Etat tchadien s’entoure de partenaires nigérians et chinois pour ce projet. Il détient 30% pour le gaz et 40% en ce qui concerne le pétrole.

La Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) table sur une production de pétrole brut entre 2000 et 300 barils par jour qui passeront tout de suite à la raffinerie. La production de gaz est estimée à plus de 400 000. Elle sera exploitée par la compagnie nationale General GazTchad pour approvisionner des centrales électriques, commercialiser du gaz domestique et en vendre à l’exportation. Les réserves de Sédigui sont estimées à 7 milliards m3.