AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

SOUTH AFRICAN AIRWAYS
Une recapitalisation de la dernière chance

La compagnie South African Airways (SAA) a besoin d’une injection de 5 milliards de rands (399 millions de dollars) au cours de l’exercice pour l’aider à faire face à ses obligations financières, a annoncé le directeur général du Trésor face aux députés. Les autorités du pays souhaitent céder des capitaux de la compagnie nationale. Un audit a mis en exergue une mauvaise gouvernance qui a des coûts économiques énormes.

« Nous sommes disposés à vendre une participation dans SAA ». Le directeur général du Trésor national, Dondo Mogajane, a indiqué que l’injection de liquidités ne pourrait toutefois pas provenir du gouvernement, qui a jusqu’ici injecté 20 milliards de rands dans la compagnie. De combien la compagnie sud-africaine a-t-elle besoin ? Selon le vice-ministre des Finances, Mondli Gungubele, il faudra de 12 milliards de rands supplémentaires au cours des 3 prochaines années. Ce fonds permettra d’éponger la dette mais aussi de soutenir la SAA afin qu’elle puisse poursuivre son activité. L’option à prendre dans cette recapitalisation n’est pas encore arrêté entre un financement gouvernemental et la vente d’action à un opérateur privé.

L’audit financière de la compagnie nationale a révélé une crise très profonde. Après une perte de 1,47 milliards de rands en 2016, le déficit s’est creusé à 5,5 milliards de rands en 2017. « Les pertes, le manque de fonds de roulement et la volatilité des contrôles des changes ont créé une incertitude sur la capacité de l’entreprise à poursuivre ses activités » a déclaré l’auditeur Kimi Makwetu. Il a notamment émis une réserve sur les actifs de l’entreprise dont l’évaluation est difficile à cause d’un manque de documentation. En tout cas, il estime que les engagements de la compagnie aérienne dépassaient ses actifs de 17,8 milliards de rands, contre 12,3 milliards de rands en 2015/16.

L’audit de la SAA a montré que les pertes d’exploitation sur six années successives ont érodé la base de capital. Cette situation continue d’affecter la capacité de la compagnie à opérer dans un environnement hautement concurrentiel et exigeant. Les créanciers ont haussé le ton. Ils ont exigé des changements à la compagnie aérienne avant de prolonger les prêts. Signe de la mauvaise gouvernance, les lacunes et déficiences sont nombreuses. Il était impossible pour les auditeurs de mettre la main sur les documents relatant des transactions. La compagnie n’a pas tenu de registres sur certaines dépenses jugées par les auditeurs comme « irrégulières, stériles et inutiles ».

Kimi Makwetu a pointé du doigt une tendance généralisée à faire des sous-estimations qui cacheraient une mauvaise gestion et éventuellement des malversations. Les coûts d’entretien étaient sous-estimés de 282 millions de rands, tandis que les dettes commerciales et autres étaient sous-estimées de 226 millions de rands. Les provisions étaient sous-évaluées de 135 millions de rands, les créances commerciales et autres étaient sous-évaluées de 148 millions de rands. Et pourtant, le gouvernement croit encore à la SAA en apportant des garanties et en appelant à une recapitalisation. L’opinion sud-africaine est plus sceptique, estimant que le mal est incurable et il n’y a plus de raison de jeter de l’argent dans un gouffre financier.