AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

SOUDAN
Une dévaluation de la monnaie pour réguler le marché de devises

La dévaluation de la monnaie soudanaise qui perd deux tiers de sa valeur est-elle une mauvaise nouvelle pour l’économie du Soudan et pour les consommateurs ? En tout cas, c’est une mesure radicale que le ministère des Finance a dû prendre pour rétablir de l’ordre dans le secteur financier, en particulier sur le marché des devises. La levée de l’embargo américaine a fait exploser la demande en devises.

A partir de janvier 2018, un dollar américain vaut 18 livres soudanaises (SDG) contre 6,7 en 2017. Les autorités financières du Soudan maintiennent pour le moment un taux de change fixe et ne souhaitent pas mettre en place un flottement au gré du marché de devises. La dévaluation spectaculaire vise à approcher le taux de change officiel avec les taux pratiqués sur le marché noir. Une mise à niveau est encore loin puisque sous le manteau, un dollar américain s’échangeait entre 25 et 27 SDG au moment de l’annonce de la décision.

L’objectif affiché par le gouvernement est d’unifier le taux de change. C’est un exercice particulièrement difficile vu que la demande dépasse l’offre. La levée des sanctions économiques américaines établies depuis 20 ans a encouragé les importateurs et les commerçants à acheter plus de devises. Face à cet afflux, le gouvernement s’est résolu à dévaluer la monnaie nationale.

Le budget 2018 qui est d’une valeur de 24,7 milliards de dollars a été établi sur la base d’une parité 18 SDG pour 1 USD. « Nous attendons que les résultats de cette politique soient positifs pour l’économie soudanaise», a déclaré le ministre des finances, Mohamed Othman Rukabi. Ce taux est aussi appliqué pour le taux de change douanier. Il aura donc un impact sur les recettes de l’Etat à travers les droits de douanes.

Le problème de l’économie soudanaise est la rareté du dollar sur le marché. Le pays a perdu une grande partie de ses ressources pétrolières depuis qu’il a dû céder une partie de son territoire au profit du Soudan du Sud. A part la dévaluation, le pays s’est tourné vers Ryad pour injecter des dollars dans son système bancaire. La relance des transactions entre les deux parties devra permettre d’amasser quelque 600 millions de dollars.

Désormais, le gouvernement veut privilégier l’utilisation des devises pour les secteurs qui stimulent la croissance. La Banque centrale a pris de son côté des mesures d’urgence comme le fait de bannir les importations de produits de luxe susceptibles de coûter cher en dollars. Tout est fait pour alléger la pression sur les réserves de devises. Le pays reste tributaire de ses importations qui sont un élément important du moteur de sa croissance. En 2018, le PIB devrait croitre de 4%.