AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

SENEGAL
En route vers l’autosuffisance en riz

Un pays grand consommateur de riz, le Sénégal n’a jamais été un grand producteur. Il fallait cependant compter sur la détermination du président Macky Sall qui veut mettre fin aux importations onéreuses, affichant même l’ambition d’atteindre l’autosuffisance en riz. Le pays est sur la bonne voie, car la production nationale vient de dépasser le million de tonnes.

C’est un exploit. Le président sénégalais se félicite que la production de riz a atteint sa vitesse de croisière. Le million de tonnes est un seuil symbolique et Macky Sall aimerait que la production continue à augmenter et non pas régresser. La performance du Sénégal devrait inspirer d’autres pays africains en quête de l’autosuffisance en riz, la principale denrée alimentaire dans nombreuses contrées du continent.

Il y a quatre ans encore, le Sénégal ne produisait que 450 000 tonnes. Pour satisfaire la demande nationale, l’Etat devait importer. En 2009, les importations de riz ont coûté 179 milliards FCFA contre 139 milliards FCFA en 2005. Le pays a connu une « crise du riz ». La demande nationale augmentait alors que la production stagnait. Entre 1961 et 2012, les importations en riz ont été multipliées par 70. Résultat, le Sénégal a importé 70% de ses besoins en riz.

En 2014, le Programme national d’autosuffisance en riz (PNAR) a affiché comme objectif l’autosuffisance en riz et de produire 1 080 000 tonnes. L’Etat s’est donné les moyens de réussir son pari en finançant le programme à hauteur de 74 milliards FCFA. En deux ans, la production augmentait de 42% pour atteindre les 950 000 tonnes en 2016. Sur la même période, les importations ont reculé seulement de 100 000 tonnes.

Le PNAR est une véritable révolution verte dans le pays. De nouveaux paysans ont été formés pour se lancer dans la riziculture. L’utilisation d’intrants et de matériels agricoles a été la clé du succès. Le rendement a été amélioré. Conjugué avec l’extension des surfaces cultivées, cela a permis de doubler la production en quatre ans. La partie n’est pas encore gagnée par le gouvernement puisqu’il faut encore convaincre les sénégalais de consommer la variété de riz locale.

Au départ du programme, le nouveau riz local a eu du mal à pénétrer le marché. Les consommateurs préféraient manger du riz asiatique qu’ils jugeaient meilleur en termes de goût et de cuisson. Ce qui explique une faiblesse des importations malgré une forte hausse de la production nationale. L’amélioration des semences est un impératif aussi bien pour s’adapter aux changements climatiques mais aussi pour répondre aux attentes des consommateurs. Les nouvelles techniques de culture permettent d’augmenter le rendement tout en baissant le besoin en eau de la rizière. Le PNAR doit faire la promotion du riz sénégalais afin de rendre ce dernier plus compétitif.