AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

INFLUENCE RUSSE EN AFRIQUE
Le Pentagone au bord de la panique

 

La montée en puissance de l’influence russe sur le continent inquiète fortement les Américains. Le Pentagone considère les ambitions de Vladimir Poutine en Afrique comme une  « menace importante pour les intérêts de la sécurité nationale des États-Unis ». Selon un ancien diplomate européen qui travaille aujourd’hui pour le compte d’un cabinet de lobbying très présent en Afrique Centrale, les Etats-Unis sont même au bord de la panique.

Selon une enquête menée par The Intercept, le commerce de la Russie avec l’Afrique est passé de 5,7 milliards de dollars en 2009 à 17,4 milliards de dollars en 2017, et le pays a pu nouer de nombreux partenariats en matière d’infrastructures et de technologies nucléaires, ainsi que dans les investissements pétroliers et gaziers Autre source d’inquiétude pour les Américains, le renforcement des liens économiques et diplomatiques entre Pékin et Moscou à travers l’Afrique.

Le Pentagone, à plusieurs reprises, a averti que la Chine et la Russie étendaient leur influence en Afrique, où les deux pays « s’immiscent dans les opérations militaires américaines ». L’ancien chef du Corps des marines, Thomas Waldhauser, qui avait quitté son poste récemment, et son remplaçant, Stephen Townsend, ont tous deux témoigné publiquement devant le Congrès cette année. Les deux généraux, dans les réponses écrites au Congrès, ont affirmé que la Russie exerce aujourd’hui une forte influence dans pas moins de 10 pays africains.

Devant la Commission des forces armées du Sénat, Waldhauser a surtout attiré l’attention de l’assistance sur « les progrès de plus en plus accomplis par la Russie en République centrafricaine, en Algérie, en Libye et au Soudan ». Dans ses réponses écrites, il a mentionné six autres nations qui étaient également liées à la Russie ou susceptibles de subir son influence, notamment l’Angola, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie et la Tunisie. Selon Waldhauser, la Russie exploite ou cherche à mobiliser l’aide militaire en échange de droits miniers et de partenariats énergétiques.

Par ailleurs, selon AFRICOM, la Fondation Russkiy Mir, une organisation non gouvernementale à but non lucratif, est actuellement très actif dans neuf pays africains et les liens militaires sont plus étroits avec ces pays par le biais de ventes d’armes, d’accords de sécurité et de programmes d’entraînement militaire. Des entreprises militaires privées russes seraient actives dans 15 pays africains.

Aussi, les Américains vont suivre de près le déroulement du Sommet Russie – Afrique, coprésidé par le président russe Vladimir Poutine et le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi qui se tiendra à Sotchi, ville balnéaire de la mer Noire en Russie, en octobre. L’agence de presse russe Tass a annoncé qu’environ 35 dirigeants africains avaient confirmé leur présence à ce grand raout diplomatique.