AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

HAUSSE DU PRIX DU PÉTROLE

Donald Trump est-il le maître du monde ?

La crise pétrolière de 2014 a ébranlé plus d’une économie africaine, celles dont les recettes à 75% l’exportation sont générées par le pétrole. Fin avril 2018, la situation a spectaculairement évolué, puisque les efforts consentis par les producteurs, dont l’OPEP, pour maitriser la production afin d’influer sur le cours du pétrole, ont payé. Le baril du brent se négocie à 74 dollars. Il y avait cependant un facteur X, imprévisible mais auquel les analystes accordent une importance capitale en ce moment : Donald Trump.

Du jamais dans le monde des affaires dont les enjeux se chiffrent à des milliards de dollars. Le marché réagit plus face à tweeter que devant les informations financières de Bloomberg. Le monde est suspendu aux tweets du président des Etats-Unis. « On dirait que l’OPEP fait encore des siennes », s’emporte Donald Trump. Il estime que les prix du pétrole sont artificiellement élevés, expliquant que ce n’est pas logique vu les niveaux record des stocks dans le monde y compris les pétroliers qui sont en mer. « Ce n’est pas bien, et ce ne sera pas accepté », a prévenu le locataire de la Maison blanche.

L’OPEP n’a que faire des tweets vindicatifs de Donald Trump. Les membres de l’organisation ont convenu en 2016, en accord avec la Russie, de limiter la production dans le but avoué d’augmenter les prix. Cet accord a été globalement respecté, contribuant de façon significative à la remontée des cours en 2017. Il devrait courir jusqu’à fin 2018.

 

La géopolitique de Trump fait flamber les prix

Les Etats-Unis ne sont pas contents, car la baisse de production concoctée par l’OPEP coïncide avec une période où les besoins américains en la matière sont très élevés. L’industrie, les consommateurs et surtout l’armée demandent encore plus d’hydrocarbures. Whasington a même forcé sur sa production qui a pulvérisé le record établi pour atteindre les 10,4 millions de barils par jour. Pour se consoler, Donald Trump peut apprécier le soutien du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui est opposé à la limitation de la production appliquée par l’OPEP. Malheureusement pour les américains, la position du royaume est toute autre. Confronté à des difficultés budgétaires, Riyad a intérêt à ce que les prix du pétrole augmentent et choisit une alliance avec Moscou.

De son bureau ovale, le président américain a mené des offensives géopolitiques sur plusieurs fronts et les impacts sur l’économie du pays ne sont pas positifs. Donald Trump brandit de renouveler, voire durcir les sanctions contre l’Iran sur l’explosif dossier du nucléaire dont il pourrait rejeter l’accord qui a été établi. Théoriquement, Téhéran sera isolé et ne pourra pas exporter comme il veut son pétrole. Ce qui va réduire l’offre sur le marché.

L’autre pays, bête noire des Etats-Unis, est le Venezuela. Engloutie dans une crise politique, le régime de Nicolas Maduro a dû faire chuter malgré lui la production pétrolière. La baisse prévue n’était que de 95 000 barils par jour, au final, elle a atteint les 580 000 barils en ce début 2018. De mars 2017 à mars 2018, la production journalière du pays est passée de 2,7 millions à 1,5 million de barils. Washington est en conflit direct avec le régime de Caracas, appelant même l’armée à prendre le pouvoir. Ce qui n’empêche pas les américains de se fournir en pétrole auprès du 7ème producteur du monde. A noter que le Venezuela détient l’une des plus importantes réserves de pétrole du monde. Il n’en a pas fini avec la baisse de production, une situation qui inquiète les analystes.

 

Des hauts et des bas sous l’influence américaine

L’actuelle hausse de prix sonne comme une déconvenue pour Washington qui mise sur un pétrole bon marché et un dollar faible favorable à l’industrie locale pour relancer l’économie du pays. Les trois premières semaines du mois d’avril 2018, le prix du brut a augmenté de 10%. C’est le moment choisi par la Russie et l’Arabie saoudite d’annoncer l’accord entre les deux pays pour baisser la production dans le but d’insuffler une hausse des prix sur le marché pétrolier. Le 25 avril, le baril du brent a atteint les 74 dollars tandis que le brut se négociait à 67 dollars. Les marchés ont le tournis et ne savent plus comment réagir.

Encore une fois, ce sont les Etats-Unis qui montrent des signes d’incohérence. Donald Trump affirme qu’il y a assez de réserves pour que les prix ne montent pas. Bloomberg a fait une synthèse des informations avancées par les analystes pour affirmer que les stocks de bruts a reculé de 2,25 millions de barils en une semaine, au milieu du mois d’avril, alors que l’American petroleum institute (API) a observé une hausse de 1,1 million de baril. Les deux parties s’accordent sur une baisse du stock de produits distillés comme le fioul ou le gas-oil, un recul estimé à 1,45 millions de barils par Bloomberg. Ce dernier affirme qu’en une semaine, le stock d’essence aux Etats-Unis a reculé de 2 millions de barils. Les Etats-Unis prévoient d’augmenter encore plus la production, à l’image de la compagnie Baker Hughes qui annonce le forage de 5 nouveaux puits.

Fin avril, un léger repli des cours du pétrole a été enregistré. Au final, les marchés se sont montrés aussi passifs qu’attentistes. Les échanges ont baissé, ce qui a une conséquence sur les prix. Le billet vert a aussi repris de la couleur confortant cette logique de baisse des prix du pétrole. Les investisseurs utilisant d’autres devises sont plus frileux. Paradoxalement, ce sont les pays producteurs qui ont lancé l’offensive contre le dollar, la monnaie de référence sur le marché pétrolier. En février 2018 et dans un contexte de crise interne, le Venezuela a lancé le « petro », sa propre crypto-monnaie. La Chine qui est à la fois le quatrième producteur et deuxième consommateur a émis des contrats à terme en yuan, sans toutefois renoncer complètement au dollar américain. Le pétrodollar qui a fait son apparition après la crise pétrolière de 1973 doit faire face à de la concurrence.

 

Des impacts positifs et négatifs pour les pays africains

Face à cette remontée extraordinaire des prix du pétrole, les pays producteurs africains auront sans doute des opportunités pour relancer leur économie. L’impact direct sur les recettes d’exportation est indéniable. Il y aura aussi une plus-value inattendue sur le plan budgétaire, vu que la loi des finances a été établie en fonction du prix du pétrole, concernant le volet recettes. Les investissements publics pourront avoir un second souffle. L’impact sur la croissance n’est perceptible qu’un an après la hausse des prix, mais il n’est pas certain que la stabilité sera fixée à ce niveau.

Tout n’est pas rose dans la flambée de l’or noir. Les pays consommateurs vont subir un effet inflationniste. Les taux d’intérêt ont tendance à augmenter, la consommation va être freinée. Inversement donc, dans un an, on devra constater que plus le prix du pétrole augmente, plus la croissance économique est faible. La croissance a besoin d’énergie et avec un dollar de carburant, on va produire moins. L’OPEP a pour objectif de stabiliser les prix du pétrole entre 80 et 100 dollars. Selon certains économistes, au-delà de 90 dollars le baril, la croissance économique sera négative en Europe. En Afrique, même si la croissance est légèrement positive, elle sera insuffisante pour sortir de la pauvreté.