AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

FMI – AFRIQUE
Des perspectives de croissance et d’endettement 

Les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne sont globalement positives en 2018, une année marquée par une hausse de la croissance. Les conjonctures extérieures continuent de s’améliorer même si leurs effets finiront par s’estomper. Par contre, le recours à l’endettement observé dans plusieurs pays crée des inquiétudes.

Selon le FMI, l’Afrique subsaharienne devrait voir sa croissance augmenter légèrement. Le taux de croissance moyen en Afrique subsaharienne devrait passer de 2,8 % en 2017 à 3,4 % en 2018. Cette hausse s’explique par un contexte extérieur plus porteur, carac­térisé par une croissance mondiale plus forte, par la hausse du prix des produits de base et par l’amélio­ration de l’accès aux marchés.

Dans plusieurs pays (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Guinée, Rwanda, Sénégal et Tanzanie, soit un ensemble varié de pays qui dé­pendent largement des ressources naturelles ou non), la croissance s’est établie à 6 % ou plus en 2017 et devrait rester vigoureuse à moyen terme.

Dans douze pays abritant environ un tiers de la population de l’Afrique subsaharienne, le revenu par habitant a diminué en 2017, et cette baisse devrait se poursuivre en 2018 dans la majorité d’entre eux. L’Afrique du Sud et le Nigéria, les deux poids lourds de l’Afrique subsaharienne, voient leurs économies respectives tourner au ralenti depuis plusieurs années, ce qui pèse fortement sur la crois­sance globale de la région.

Les résultats sont mitigés en matière d’assainissement des finances publiques. Environ 40 % des pays à faible revenu de la région sont surendettés ou risquent fortement de le devenir. Si cette politique reste inchangée, la croissance moyenne de la région ne devrait pas dépasser 4 % — soit à peine 1 % en croissance par habitant — à moyen terme, ce qui montre l’importance de prendre des mesures dé­cisives pour stimuler le potentiel de croissance.

Les niveaux d’endettement continuent d’augmenter. La plupart des exportateurs de pétrole ont adopté des mesures visant à corriger les profonds déséquilibres macroéconomiques, occasionnés par le choc de 2014 sur les termes de l’échange, mais l’ampleur historique de ce choc et le temps qu’il a fallu pour y réagir ont entraîné une forte hausse de l’endettement.

De nom­breux autres pays continuent de privilégier les inves­tissements publics pour stimuler la croissance, ce qui ajoute également à la dette. La fragilité du bilan qui en découle limite l’ampleur de la reprise : la réduc­tion de l’espace budgétaire, la hausse de l’endette­ment, le ralentissement du crédit au secteur privé et la multiplication des prêts improductifs exacerbent les vulnérabilités dans de nombreux pays.

Une conjoncture extérieure favorable à l’endettement

La conjoncture extérieure s’est encore améliorée pour l’Afrique subsaharienne grâce au renforcement de la reprise mondiale et à l’assouplissement des condi­tions de financement pour les pays préémergents de la région Afrique sub-saharienne.

Selon les estimations, l’économie mondiale a connu une croissance de 3,8 % en 2017, qui devrait atteindre 3,9 % en 2018, en raison d’une expansion plus forte que prévu dans de grands pays avancés, en particu­lier dans la zone euro, les Etats-Unis et la Chine. Les prix des produits de base ont également augmenté, apportant un certain répit aux pays ex­portateurs de pétrole et à d’autres pays riches en res­sources naturelles.

Les conditions financières internationales restent ac­commodantes, ce qui entraîne un important rebond des émissions d’obligations souveraines sur les mar­chés internationaux et une forte compression des écarts de rendement. Plusieurs pays préémergents de la région (Côte d’Ivoire, Nigéria et Sénégal) ont émis des obligations pour un total de 7,5 milliards de dol­lars en 2017, soit dix fois le niveau constaté en 2016. Ce chiffre constitue un record.

La cadence élevée des émissions s’est poursuivie au premier trimestre de 2018 : le Kenya, le Nigéria et le Sénégal ont émis des obligations pour un total de 6,7 milliards de dollars et plusieurs pays ont signalé leur intention d’émettre encore des obligations pour un total d’au moins 4,4 milliards de dollars dans le courant du deuxième trimestre de 2018.

Du fait notamment de l’accumulation récente de dette publique, la composition des dépenses publiques a évolué, car la part des paiements d’intérêts a nette­ment progressé. Ce changement, qui se manifeste par une hausse des déficits ou par la réaffectation de res­sources au détriment de dépenses plus productives, est particulièrement prononcé dans les pays exportateurs de pétrole. Les paiements d’intérêts sont passés de 4 % des dépenses en 2013 à 12 % en 2017, en raison no­tamment des fortes hausses en Angola, au Gabon et au Tchad. Les déficits budgétaires se sont creusés dans l’en­semble de la région, passant de 4,6 % du PIB en 2016 à 5 % en 2017, mais avec de grandes diffé­rences d’un pays à l’autre.

(Source FMI)