AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

FAKE NEWS

Une vraie mauvaise nouvelle pour l’économie

Un temps la bête noire des politiciens et des pouvoirs en place, les fake news ou fausses nouvelles sont en train de toucher l’économie et les acteurs économiques. De nombreux pays sont aujourd’hui enclins à légiférer pour dissuader et sanctionner les auteurs ou diffuseurs de ces informations volontairement erronées. Sur le continent africain, le phénomène prend de l’ampleur, boosté comme ailleurs par les réseaux sociaux, mais aussi certains médias d’opinion.

La propagation de fausses nouvelles relève d’une volonté de nuire à une entité, d’embrouiller le public, de faire la course au scoop, de jouer un rôle de donneur d’alerte… Les activistes et les journalistes ne sont pas épargnés, diffusant malgré eux ou non des fausses nouvelles. La communication numérique est dans l’instantanéité. On préfère diffuser d’abord et éventuellement recouper plus tard. Or, les flux d’informations entre les sites d’information et la reprise des scoops par les différents médias font que les fake news se propagent rapidement. Des membres de la société s’activent pour conter-carrer le phénomène. Ce sont des associations, des journalistes ou de simples citoyens qui prennent la peine de recouper une information qui a été publiée par un tiers afin de la dénoncer ou de la confirmer.

Quand une fausse nouvelle provoque la crise au Maroc

Les entreprises victimes de rumeurs et d’informations faussées, détournées ou inventées se multiplient dans les pays développées et le phénomène commence à toucher l’Afrique. Sur le continent, ces fake news sont associées à des croyances et des préjugés culturels. Le gouvernement du Maroc est monté au créneau suite au boycott de certains produits de consommation. Des rumeurs qui se sont transformées en informations ont influencé les consommateurs. La psychose est généralisée au point que certaines filières sont menacées. Une grande entreprise productrice de lait est parmi les victimes de ce boycott injustifié. D’après le porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, le pays est « face à un défi économique de taille ».

Les efforts pour relancer la filière lait risquent d’être anéantis si les consommateurs continuent à boycotter une partie de la production marocaine. Le Royaume importait une grande partie de son besoin en produits laitiers mais les réformes dans le secteur de l’élevage ont permis au pays de produire désormais 96% de ses besoins. Des séries de données erronées ont été diffusé accusant une grande entreprise de profiter du ramadan pour augmenter ses prix. Or, le prix du lait n’a pas augmenté depuis 2013 et la marge de 20 centimes est tout à fait correcte.

Pour éviter une crise du lait, le gouvernement pense à réviser la loi qui régulera la publication d’information. Selon le porte-parole El Khalfi, il est inacceptable « que l’on véhicule des informations erronées pouvant porter atteinte à la réputation du pays et à son économie ». Il a souligné l’impact des fake news qui nuisent à tout le secteur de l’agriculture et même à l’économie entière. La campagne de désinformation qui a affecté une entreprise employant 120 000  des 460 000 travailleurs de la filière a eu un impact sur les agriculteurs et leur famille.

Les fausses nouvelles plus puissantes que les vraies

L’exemple marocain met en exergue un type de fake news particulier : les fakes news commerciales qui sont souvent présentées sous forme d’un scandale. Les autres fausses nouvelles ont la forme de propagande ou encore de complot. Ces deux types de fake news ont été à la source des projets de loi dans différents pays. La dimension économique ou commerciale est désormais incontournable. Un consommateur mécontent peut ébranler une grande entreprise en diffusant une information fausse mais virale. Il suffirait pour une entreprise de diffuser de fausses nouvelles sur un concurrent pour obtenir des parts de marché.

On peut aussi s’attaquer à la réputation du produit qu’à celle de l’entreprise ou de son propriétaire. On peut donner de fausses alertes pour ne pas consommer un tel produit, mettre en doute l’honnêteté d’un PDG, jeter un trouble sur l’origine des matières premières d’une usine, affirmer qu’un pays est en défaut de paiement, soupçonner des détournements massifs de deniers publics, révéler la signature de gros contrats occultes mais inexistants… La désinformation touche la sphère économique.

Malheureusement, les démentis arrivent généralement trop tard. Il est plus facile de recouper une information vraie. Cela prend en moyenne deux heures. Une fausse nouvelle est plus compliquée à vérifier. Cela prend environ 14 heures pour être certain qu’elle n’est pas véridique. Si une personne visée par une fake news ne réagit pas dans le quart d’heure, sa réputation est définitivement salie. Même si la vérité finira par être rétablie, le mal est fait. La fausse nouvelle sera toujours référencée par les moteurs de recherche. Certaines personnes aiment les nouvelles sensationnelles et préfèrent les croire, accusant de facto la victime d’essayer de se défendre ou de se disculper.

Les sources d’informations économiques traditionnelles diffusent souvent des données incompréhensibles pour le grand public. Il est donc facile pour une entreprise ou un individu malintentionné de proposer une information plus accessibles mais qui s’avère erronée. Selon les Reporters sans frontières, « les contenus produits de façon rigoureuse et honnête subissent de plus en plus la concurrence déloyale de contenus sponsorisés, de propagande et de rumeurs ». L’organisation qui milite pour la liberté de la presse souligne les fausses nouvelles circulent plus facilement d’une personne à l’autre que les vraies informations.

Comment combattre les fake news

Le journalisme est doublement en danger à cause du phénomène de fake news. Certains journalistes de presse d’opinion franchissent la ligne rouge et diffusent de fausses nouvelles sous forme d’information journalistique. Les fausses informations diffusées par des non journalistes prennent le dessus sur des informations dignes de foi. Il est toujours question de défendre le pluralisme journalistique et de combattre la désinformation. L’origine des informations est souvent indéfinie, car le phénomène n’est observable que lorsqu’il se propage. Combattre les intox, les mensonges et les fausses nouvelles par la vérification, le recoupement par plusieurs sources, la vérification des faits, c’est une manière d’assumer sa responsabilité dans la diffusion des informations.

A priori, la fausse nouvelle est plus puissante que la vraie information. Cela s’explique par le fait qu’il y a des millions de sources de fake news potentielles alors que les médias ou organismes qui s’obligent à diffuser des informations dignes de confiance se comptent par milliers. Le public contribue à accélérer la propagation d’une fausse nouvelle via des sites webs ou les réseaux sociaux. Une prise de conscience des médias et des journalistes est nécessaire pour promouvoir la vraie information. Se donner le temps et les moyens de vérifier est primordial. L’autorégulation est à privilégier pour que les mesures législatives ne tombent pas dans la censure. Les initiatives pour donner aux citoyens des outils pour détecter les fausses informations ou évaluer la qualité des informations véridiques se multiplient.

Facebook est inextricablement lié à la propagation de fake news, bien plus que les autres réseaux sociaux. Mark Zuckerberg souligne la capacité des réseaux sociaux de diffuser rapidement les informations. « Il y a beaucoup trop de sensationnalisme, de désinformation et de polarisation dans le monde aujourd’hui », reconnait le jeune patron. Engagé plus que jamais dans la lutte contre les contenus problématiques, Facebook veut impliquer ses utilisateurs dans l’évaluation des sources d’informations sur sa plate-forme. Les informations vérifiables seront mises en valeur sur les fils d’actualités. Cela va « modifier l’équilibre des informations en faveur de sources qui sont considérées comme fiables ». Malheureusement, une seule diffusion de fake news peut être fatale.