AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

EXPORTATIONS VERS LA CHINE
Quand la Coface met en garde l’Afrique

La Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur a sorti une étude censée alerter les pays africains sur les risques liés à une dépendance trop prononcée envers la Chine. Elle pointe du doigt la vulnérabilité des pays exportateurs de matières premières face à une imminente correction de la demande chinoise et la fluctuation des cours sur le marché.

 

La relation commerciale entre la Chine et l’Afrique a été lancée officiellement en 2000, lors d’un Sommet à Pékin. La Chine qui était devenue la première puissance industrielle du monde avait besoin de fournisseurs de matières premières pour faire tourner ses usines. Minerais, métaux, hydrocarbures, bois, produits agricoles… Pékin a décidé de faire ses courses sur le continent africain. Résultat, les échanges entre les deux parties étaient estimés à 40 milliards de dollars en 2005. Ilsont connu un développement plus que rapide pour atteindre les 200 milliards de dollars en 2014. Dans une récente étude, la Coface tire la sonnette d’alarmesur une dépendance excessive des gouvernements africains aux financements chinois, soulignant le risque de devenir  vulnérables aux variations de la politique extérieure de la Chine et à celles de sa demande.

La relation commerciale entre l’Afrique et la Chine est déséquilibrée au point que la Coface s’interroge : « le mariage de raison va-t-il durer ? ».  En analysant les échanges commerciaux et flux d’investissements de ces dernières années, les experts ont établi que les pays africains sont devenus de plus en plus dépendants des exportations vers la Chine ces 10 dernières années. « Les exportations d’Afrique subsaharienne vers la Chine restent essentiellement concentrées sur les ressources naturelles », note l’étude, soulignant que ces dernières représentent presque 80 % des exportations totales vers la Chine. « En revanche, les importations sont moins concentrées et sont dominées par les produits manufacturés ».

Diversification

Les deux parties semblent adopter la stratégie de la diversification dans les relations commerciales sino-africaines. La part des combustibles et métaux dans les exportations des pays africains vers la Chine est passée de 80% en 2008 à 53% en 2016. L’exportation africaine sous forme de matière première dépasse les 22 milliards de dollars contre 2 milliards d’importation. Ce déséquilibre se confirme dans les filières minerais, minéraux bruts et matières brutes non comestibles. La balance est plus équilibrée dans la filière minéraux et métaux transformés, soit 12 milliards de dollars d’exportation contre 10 milliards d’importation.

La Chine  exporte plus vers l’Afrique dans la filières produits chimiques. Ce qui est à souligner c’est que la balance penche du côté chinois dans la filière produits alimentaires et animaux vivants. Cela veut dire que l’Afrique est encore loin de devenir la ferme et la plantation destinées à nourrir le géant asiatique. La Coface rappelle d’ailleurs que l’on a tendance à croire que la Chine investit dans le secteur agricole en Afrique pour renforcer sa propre sécurité alimentaire. En tout cas, l’exportation de produits alimentaires ne représente que 2% du total des exportations vers la Chine. L’évolution est plus notable dans un pays en particulier, à l’instar du Sénégal qui a multiplié ses exportations de produits halieutiques, d’huile brute et de graines d’arachide, mais aussi deminerais… En gros, elle a presque multiplié par trois ses exportations de 2014 pour atteindre les 70 milliards F CFA en 2015.

La diversification de l’économie n’avance pas pour autant sur un même rythme sur l’ensemble du continent. Les pays exportateurs de pétrole ont pris conscience sur le tard la nécessité absolue de développer d’autres secteurs d’activité. L’exportation de produits manufacturés vers la Chine augmente à un rythme de 15% par an, profitant de la désindustrialisation partielle du géant pour cause de main d’œuvre plus chère. Le volume n’est pas assez élevé pour qu’il y ait un impact sur les échanges entre les deux parties. L’industrialisation pourrait métamorphoser ces échanges puisque que des pays commencent à rendre obligatoire la transformation des matières premières avant exportation.