AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

CRISE DU NIL
Reprise du dialogue au Sommet de l’Union Africaine

L’agriculture ou l’eau ? La tension entre l’Egypte et l’Ethiopie a monté d’un cran quand Addis-Abeba a balayé d’un revers de la main la proposition des autorités égyptiennes de régler les désaccords entre le deux pays avec l’arbitrage de la Banque mondiale. L’objet de la discorde est l’eau du Nil dont l’usage et le débit risquent d’être profondément modifiés par le grand projet éthiopien de barrage hydroélectrique. La rencontre au sommet entre les trois pays concernés en marge du Sommet de l’UA pourrait décanter la situation.

Le président égyptien Abdel Fettah al-Sissi, le Premier ministre éthiopien Haile Mariam Dessalegn et le président soudanais Omar al-Bachir se sont rencontré à Addis-Abeba pour discuter de la crise du Nil. Un comité technique devrait reprendre les négociations après avoir reçu les recommandations des trois dirigeants.

Pour rappel, l’Egypte s’est retiré des négociations en novembre 2017. Le Caire reprochait à l’Ethiopie et au Soudan d’avoir apporté des modifications aux travaux de remplissage du barrage et de son opérationnalisation, se référant aux études initiales réalisés par un cabinet français. Il a alors proposé la médiation de la Banque mondiale.

Une proposition refusée par l’Ethiopie qui n’a pas forcément apprécié que l’institution de Bretton Woods ait refusé de financer le barrage de la Renaissance, exigeant d’ailleurs à l’époque une étude préalable d’impact. Le coût du projet est de 4 milliards de dollars. Il a été financé en partie par la population éthiopienne.

La crainte est-elle justifiée ? N’y aurait-il pas assez d’eau dans l’immense fleuve du Nil ? Le barrage de la Renaissance est tellement immense que sa construction a pris plus de temps que prévu. Prévu être fonctionnel fin 2017, les travaux n’ont été achevés à cette date qu’à 60%.

L’équation est simple, la rétention de 40 milliards de mètres cube d’eau, porté plus tard à 75 milliards m3, dans le grand bassin pour alimenter les turbines risque de perturber les flux du Nil. L’Egypte craint alors que son agriculture pourrait en pâtir. En face, l’Ethiopie met en avant la possibilité de fournir de l’électricité à des millions de gens sur son territoire et dans les pays voisins.

Combien de temps pour remplir le barrage de le Renaissance ?

Certains experts affirment que le Nil est suffisamment abondant et qu’il n’y a point de stress hydrique pour justifier une tension entre les pays. Le désaccord est axé sur le temps de remplissage du bassin.

L’Ethiopie espère le remplir en 5 ans, en tout cas pas plus de 7 ans afin de profiter au plus vite de la production d’électricité. L’Egypte exige un remplissage sur une période de 12 ans, craignant que la réduction du débit n’affecte son agriculture et son industrie. Le pays des Pharaons a un quote-part de 50 milliards de mètres cube sur les eaux du Nil.

Le barrage renaissance est situé sur le Nil bleu, le principal affluent qui alimente l’Egypte et le Soudan. Il a 2 km de largeur et une hauteur de 170 m. Son lac réservoir est plus qu’immense, pouvant retenir assez d’eau pour que le débit du fleuve en soit réduit. Les trois pays s’étaient mis d’accord en 2015 que le débit du Nil ne doit pas changer. La centrale hydroélectrique de 6500 MWatts va produire jusqu’à 15 000 Gigawatts par an.