AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

COTE D’IVOIRE
Le CCC pointé du doigt dans la crise du cacao

La campagne 2016-2017 a été catastrophique pour le premier producteur mondial de cacao. Le Conseil Café-Cacao (CCC) a traversé une crise dans la crise, accusant des coûts inattendus d’environ 185 milliards de dollars. La responsabilité de la structure publique gérant la filière est mise en exergue par un audit effectué par KPMG.

Mauvaise gestion, conflits d’intérêt, réaction tardive, erreur stratégique, décision non rationnelle… de nombreuses choses ont été reprochées au Conseil Café-Cacao. Le gouvernement a dû mettre la main à la poche pour soutenir la filière. Il a injecté 197 milliards FCFA, retirés du Fonds de stabilisation.

La campagne 2016-2017 a connu une surproduction qui a obligé l’Etat d’apporter un soutien de 86 milliards FCFA. 32 milliards FCFA ont été débloqués pour compenser les pertes liées à l’utilisation des volumes de la récolte intermédiaire pour honorer des contrats de la récolte principale. Enfin, la revente de contrats en défaut a entraîné un coût de 68 milliards FCFA, car les fèves ont dû être revendues à des prix moins élevés.

En tout, le CCC a dû payer plus de 185 milliards FCFA pour supporter la filière lors de la campagne 2016-2017. La gestion de la structure, dirigée à l’époque par Massandjé Touré-Litsé, est pointée du doigt. Certes, la chute des prix intervenue en juillet 2017 a plongé la filière dans la crise mais, selon les auditeurs, la gestion du CCC a aggravé la situation.

Le CCC a notamment accordé des contrats à des exportateurs qui se sont avérés incapables de vendre la quantité de cacao prévue sur le marché. Ces contrats en défaut constituent 20% des ventes anticipées, effectuées avant le début de la campagne. Ils représentent 220 000 tonnes de fèves pour une valeur estimée à 399 000 milliards FCFA, soit 608 millions d’euros.

32 exportateurs sont concernés par ces défauts de contrat dont les deux tiers font partie du PMIEX-Coopex, un groupement économique regroupant les Petites et moyennes industries et des coopératives exportatrices de café-cacao. Ces petits exportateurs ivoiriens bénéficient de conditions allégées pour accéder au marché. Toutefois, de grandes sociétés ne sont pas épargnées. Le quatrième exportateur national, Saf Cacao, n’a pas pu vendre 15 000 tonnes.

Les groupements mettent en cause la décision du CCC de fusionner les deux systèmes de messageries, pour les exportateurs nationaux et les multinationales, pour passer des achats anticipés. Les multinationales, ne souhaitant pas concurrencer leur filiale ivoirienne, ont freiné leurs achats. Ce qui a conduit le CCC à ouvrir une fenêtre réservée aux multinationales. Au final, la faiblesse de la quantité écoulées et des prix n’ont pas permis de sauver la mise.

Une augmentation de la production ivoirienne de 16%, soit 250 000 tonnes supplémentaires, a entraîné une baisse des prix du cacao sur les marchés. L’intervention de l’Etat a été motivée par la nécessité de préserver un niveau de prix viable auprès des paysans producteurs. Le CCC n’a pas tenu compte de cette hausse de production pour fixer le prix de référence à l’exportation. Il n’était donc pas préparé à faire face à la baisse des prix. La seule alternative a été de compenser en injectant des fonds pour soutenir la filière.

Le conflit d’intérêt plane aussi sur le CCC. Le nouveau directeur général, Yves Brahima Koné, a négocié le départ de son adjoint, en charge notamment de la commercialisation extérieure. Il est reproché à Lamine Claude Bamba d’avoir attribué, de gré à gré, 180 000 tonnes de fèves à des multinationales et des exportateurs nationaux, sans passer par le système de vente officiel. L’exportation clandestine vers le Ghana est aussi un fléau que le CCC doit combattre. Les deux pays détiennent 60% du marché mondial de cacao, avec une production de 4,7 millions de tonnes lors de la saison 2016-2017.