AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

COBALT
Comment la RDC est devenue une forte-tête

Jadis considéré comme étant un métal de seconde catégorie, le cobalt est aujourd’hui une filière qui vaut de l’or. La demande a littéralement explosé depuis que l’industrie automobile s’est mise à proposer un moteur à très faible émission de CO2. Les voitures hybrides ou électriques ont créé un nouveau marché juteux pour les producteurs de cobalt. Plus de la moitié de ce marché est occupé par la République Démocratique de Congo dont le gouvernement est plus que jamais en position de force.

En 2016, la RDC  a produits 66 000 tonnes de cobalt. Elle fournit environ 63% du marché mondial. Sa domination peut encore s’étendre si les grandes compagnies comme Glencore ou Freeport investissent pour étendre leurs mines. D’ici 2025, le Congo de Joseph Kabila pourrait détenir 75% du marché de cobalt. La demande uniquement pour les batteries de voitures est estimée à ce moment-là à 50 000 tonnes.

Il y a deux ans encore, de telles perspectives n’auraient pas fait la une des médias ni attiré les attentions de différents pays qui sont producteurs ou acheteurs. Entre juin et décembre 2017, le prix du cobalt a augmenté de 130%. Cette inflation surprenante a été causée par l’explosion de la demande.

La technologie de la batterie Ion-Lithium a totalement chamboulé le marché de ce minerai dont l’image souffrait de son statut de sous-produit issu du Nickel ou du Cuivre. Son usage dans l’industrie était principalement pour durcir le fer. Les téléphones portables n’utilisent que quelques grammes de cobalt mais leur nombre se compte en milliard. Le vrai eldorado est sans conteste les batteries des voitures électriques ou hybrides qui peuvent contenir jusqu’à 15 kg de cobalt.

La RDC en position de force sur le marché du cobalt

Dans la filière cobalt, la République Démocratique du Congo est le leader incontestable, bien loin de la Russie et du Cuba qui occupent les autres marches du podium avec moins de 6000 tonnes. En Afrique, les 2ème et 3ème places reviennent à Madagascar et le Maroc qui produisent respectivement 3400 et 2000 tonnes.

Cette hégémonie met la RDC en position de force. Le parlement vient d’adopter un nouveau code minier qui est un vrai tremblement de terre dans le secteur. Le gouvernement a en effet augmenté la redevance minière, un pourcentage tiré de la valeur de la production, de 2 à 3,5%. Le temps où il fallait faire les yeux doux aux investisseurs est révolu.

Le gouvernement congolais frappe encore plus fort en se donnant la liberté d’augmenter cette redevance minière à hauteur de 10% quand il veut. Il lui suffit pour ce faire de décréter qu’un produit est considéré comme une ressource stratégique pour le pays. Ce qui sera probablement le cas pour le cobalt.

Les organisations de défense des droits de l’homme et des droits des enfants n’ont de cesse dénoncé les mauvaises conditions de travail dans les mines de cobalt congolaises. En 2014, 20% de la production, soit 14 000 tonnes, ont été fournis par des creuseurs informels alors que cette filière sous-terraine emploie de nombreux enfants. Le gouvernement a par contre pris des mesures pour lutter contre ces exploitations informelles et a pu limiter leur production à 8 000 tonnes.