AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

CHINE – AFRIQUE

Un partenaire ambitieux qui dérange le monde

La Chine est-elle en train de coloniser l’Afrique ? L’expansion de l’empire de l’Est en termes d’économie et d’aide au développement inquiètent les partenaires et bailleurs de fonds traditionnels du continent. La sino-dépendance est pointée du doigt, définie comme étant une source de surendettement, à un moment où le président Xi Jinping rassemble plus de 100 pays autour de son projet de nouvelle route de la soie et sa vision de l’aide au développement.  

Les investissements chinois en Afrique sont intéressés au même titre que ceux des pays occidentaux et du Moyen-Orient. Seulement, le mot dépendance n’a jamais été autant utilisé que pour évoquer les relations sino-africaines. Des experts dans le domaine de la finance parlent d’économies africaines entièrement dépendantes de la Chine. Cette dernière a en effet accordé des prêts d’environ 86 milliards de dollars pour financer plus de 3000 projets d’infrastructure en Afrique entre 2000 et 2014. Les investissements chinois n’ont pas depuis fléchi, se développant sous des formes diverses, notamment le deal de l’infrastructure contre ressources minières.

Selon des experts financiers, l’investissement chinois en Afrique pourrait accélérer l’endettement sur le continent. L’initiative une Ceinture, une Route (ICR) menée par le président chinois inquiète les occidentaux alors que certains pays asiatiques organisent la résistance. C’est un vaste programme qui consiste à construire une ceinture terrestre et une route maritime qui relient les continents européen, africain et asiatique. Des investissements de plus de 950 milliards pour financer 900 projets sont prévus.

La bataille n’est pas seulement économique, la propagande bat aussi son plein. Les pays africains ont au moins la souveraineté de choisir entre la Chine et l’Occident. La Zambie serait l’exemple des limites de l’investissement chinois car une entreprise ne veut pas de délégués syndicaux sur le lieu du travail. La culture du travail est effectivement différente mais c’est le devoir des autorités de faire respecter les lois ou de jouer le médiateur entre les deux parties.

Xi  Jiping, une autre vision de la coopération qui fait débat

Selon le président chinois, la connectivité grâce à l’infrastructure est le fondement du développement par la coopération. « Nous devons promouvoir la connectivité terrestre, maritime, aérienne et cyberspatiale, concentrer nos efforts sur les principaux axes de communication, les villes et les projets et relier les réseaux d’autoroutes, de voies ferrées et de ports maritimes, a déclaré Xi Jinping. L’objectif a été fixé de construire six grands corridors économiques dans le cadre de l’Initiative ceinture et route et nous devons nous efforcer de l’atteindre ».

Xi Jinping souhaite qu’une coordination soit instaurée parmi les pays participants à l’ICR, notamment dans la conception des projets d’infrastructures mais aussi divers domaines touchant la planification  de l’économie en général et les secteurs de l’industrie et des finances. La Chine défie le système de financement occidental en présentant des financements « sans risques » et sans spéculation. Elle fait étalage de sa puissance en termes d’émission de crédits et annonce la mise à disposition de 115 milliards de dollars à travers des fonds chinois et des banques de développement.

Le partenaire principale de l’Afrique est désormais la Chine qui n’arrête pas de solidifier sa position. Les entreprises d’Etat cinoises se lancent dans la conquête du monde à travers des partenariats très intéressés. Les avantages à court terme sont évidents pour l’Afrique : de nouvelles infrastructures pour soutenir le développement de différents secteurs de l’économie, la création d’emplois, la croissance du PIB, des transferts de compétence… La mondialisation est désormais made by China, c’est indéniable et cela ne plait pas à tout le monde.

La Chine est-elle en train d’arnaquer l’Afrique ? La dépendance des pays africains envers les investissements chinois et les prêts gouvernementaux signifierait que Pékin pourra un jour gouverner le continent. Le surendettement semble inévitable aux yeux des experts occidentaux qui y voient une porte ouverte à une soumission de l’endetté envers son créancier. Ils dénoncent une forme de mondialisation qui n’avantage que la Chine au détriment de ses partenaires africains. Ils préconisent de « vrais partenariats » avec des entreprises locales pour éviter les investissements et les financements chinois et promettent que les effets à courts termes des actions chinoises peuvent être obtenus avec des partenaires occidentaux sans risquer le surendettement.

« Nous sommes prêts à partager les pratiques du développement avec d’autres pays, mais nous n’avons aucune intention de nous ingérer dans les affaires internes d’autres pays, d’exporter notre système social et notre modèle de développement, ni d’imposer notre volonté à d’autres », s’est défendu Xi Jinping. Il affirme que le projet ICR ne cache pas « des manœuvres géopolitiques dépassées ». « Nous espérons réaliser un nouveau modèle de coopération gagnant-gagnant. Nous n’avons aucune intention de former un petit groupe nocif pour la stabilité, ce que nous espérons créer est une grande famille de coexistence harmonieuse », affirme le président chinois.

La finance et l’industrie comme moteurs de l’économie

Selon la vision chinoise, premièrement, l’industrie est le fondement d’une économie. Il s’agit pour Pékin d’approfondir la coopération industrielle de sorte que les projets de développement industriel des différents pays se complètent et se renforcent. « L’objectif doit être le lancement de grands projets. Nous devrions renforcer la coopération internationale au niveau de la capacité de production et de la fabrication des équipements, et saisir les nouvelles opportunités présentées par la nouvelle révolution industrielle pour encourager de nouvelles entreprises et maintenir une croissance dynamique ».

Deuxièmement, la finance est considérée comme un système circulatoire d’une économie moderne. « Ce n’est que lorsque le sang circule correctement que l’on peut se développer. Nous devons établir un système de sauvegarde financière stable et durable qui maintient sous contrôle les risques, créer de nouveaux modèles d’investissement et de financement, encourager une plus forte coopération entre le gouvernement et le capital privé et bâtir un système financier diversifié et un marché de capitaux à plusieurs niveaux. Nous devons aussi développer une finance inclusive et améliorer les réseaux de services financiers ». Le président Xi entend mobiliser les institutions traditionnelles comme la Banque mondiale et les banques de développement multilatérales, sans oublier la Nouvelle banque de développement des BRICS.

La Chine est devenue le premier partenaire de développement du continent Africain. Selon les chiffres de 2017, la Banque de Développement de Chine a accordé à 43 pays africains, 50 milliards de dollars comme financement et 36,8 milliards de dollars US comme crédits. Ces fonds sont destinés à des secteurs divers allant de l’agriculture à l’industrie, sans oublier les infrastructures à travers des projets structurants. Les investissements directs chinois connaissent une croissance fulgurante, +14% en 2016, soit 3,3 milliards de dollars répartis dans des secteurs tels que la construction, le commerce, le service, l’industrie, l’extraction minière… Les plus de 10 000 entreprises chinoises en Afrique contribue à travers des investissements en capital, le partage de savoir-faire et de technologie à la croissance de l’économie africaine.