AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

BÉNIN
Le FMI monte la garde

Quand le directeur général du Fonds Monétaire International (FMI) fait le déplacement, c’est un signe que le pays a besoin d’être suivi de près. La visite de Christine Lagarde à Cotonou  est un rappel à l’ordre accompagné d’un message de satisfaction, très diplomatique, notamment sur les avancées dans le cadre du Bénin relevé. Le FMI a accordé un prêt de plus de 150 millions de dollars au gouvernement mais il met la pression sur ce dernier pour ce qui concerne la gestion des dépenses publiques et l’amélioration des conditions de vie de la population.

 

Le programme d’investissement et de développement « Bénin relevé » est censé apporter la diversification économique dans le pays. Le DG du FMI est convaincu que c’est la voie vers la croissance. Elle reconnait que l’économie nationale reste fragile malgré des progrès, n’étant pas assez diversifiée. « Il y a des objectifs qui sont prévus dans le programme, qui doivent être tenus mais qui ne l’ont pas été de manière parfaite lors de la première revue pour des raisons administratives, et dont le gouvernement nous donne l’assurance qu’elles seront écartés afin de tenir les engagements, déclare Christine Laborde. « Je serai très attentive au respect de ces engagements de financement en matière d’éducation et de santé pour que ce filet de soutien social, ce socle social indispensable soit réalisé pour la prochaine revue. »

Suite à une mission d’évaluation, le FMI estime que « les perspectives à moyen terme continuent de montrer des signes favorables, avec une croissance économique forte et une inflation faible ». La compression des dépenses courantes a contribué à la réalisation d’un déficit budgétaire inférieur aux prévisions du programme, à 6 % du PIB en 2016, contre 8 % en 2015. La trajectoire de l’assainissement des finances publiques indique une réduction supplémentaire du déficit, à 1,8 % du PIB en 2019, soit en deçà du critère de convergence de 3 % du PIB de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). « On regarde quel est le sérieux avec lequel les autorités mettent en œuvre les politiques macroéconomiques », confie Christine Lagarde.

« Depuis plusieurs années, le Bénin connaît une forte croissance économique, explique le DG du FMI. Cependant, cette solide performance macroéconomique ne s’est pas encore traduite par une réduction significative de la pauvreté, ce qui reste un défi majeur. Nous aimerions voir de nouveaux progrès dans la protection sociale des populations les plus démunies, d’autant plus que les dépenses dans ce secteur ont été en dessous des objectifs que nous avons définis avec les autorités. A cet égard, les autorités nous ont assuré que les retards dans la mise en œuvre des réformes liées à la protection sociale étaient dus à des obstacles administratifs qui ont été levés, et que les objectifs concernant les dépenses en matière de protection sociale seront atteints ».

Des organisations politiques et de la société civile ont dénoncé un certain nombre d’actes qu’elles considèrent comme de la mauvaise gouvernance. Elles ont montré du doigt le recours systématique aux marchés gré à gré, dont les conséquences se feraient ressentir auprès des citoyens. De son côté, la DG du FMI a fait comprendre au secteur privé béninois que l’institution finance la macroéconomie et non pas la microéconomie.