AFRICA EXCLUSIVE
Défis et émergence d'un continent

AFRIQUE DE L’OUEST ANGLOPHONE

Les forces d’une région

Quand le Nigéria va mieux, toute la région est en bonne santé. La deuxième économie d’Afrique a renoué avec la croissance au premier trimestre 2018 tandis que la reprise est enfin palpable dans les pays qui ont connu la récession à cause de l’épidémie d’Ebola.

L’équipe de recherche d’Ecobank a publié des prévisions économiques de l’Afrique de l’Ouest. La croissance est de retour dans cette région anglophone. « L’Afrique de l’Ouest sort d’une période difficile pendant laquelle elle a été confrontée à de nombreuses difficultés – récession, Ebola, déclin du prix du pétrole et d’autres matières premières – mais nous enregistrons à nouveau une croissance. Le redressement des prix des matières premières, en particulier du pétrole et du cacao, a stimulé la croissance économique, notamment au Nigeria et au Ghana, portant l’ensemble de la région », a expliqué Dan Sackey, directeur exécutif régional de l’Afrique de l’Ouest anglophone et directeur général d’Ecobank Ghana.

Une croissance portée par les ressources pétrolières et minières

Le Nigeria représente environ 90 % du PIB régional et des exportations constitués principalement du pétrole brut. Le pays profite des améliorations de la production de pétrole et d’autres produits. Sa production tourne en moyenne à plus de 2 millions de barils par jour de pétrole brut et autres hydrocarbures liquides. L’exportation de pétrole brut constitue plus de 75 % des recettes de l’État. L’augmentation des prix a donc consolidé les revenus d’exportation du Nigéria qui étaient composée à 91,4% par les hydrocarbures en 2016. La production de gaz du premier producteur d’Afrique atteint les 56 milliards de m3 par an.

Le Ghana est connu pour être le premier producteur d’or en Afrique, avec une production de 128 tonnes en 2016. Il ne peut cependant compter à long terme sur ce seul produit dont les réserves sont estimées à 2000 tonnes. Le pays est un producteur important d’autres minerais comme le manganèse (2 millions de tonnes), la bauxite (1,3 million de tonnes), les diamants alluviaux (142 000 carats produits en 2016) et aluminium (34 000 tonnes). Le Ghana est un nouveau venu sur le marché du pétrole mais dispose d’un gisement de 730 millions de barils de réserves exploitables. La production est passée de 31 000 barils par jour en 2011, la première année de production, à 161 00 barils par jour en 2017.

La Guinée a gagné récemment en notoriété en tant qu’exportateur d’or, dans un contexte de flambée des prix. Sa production principalement artisanale est estimée à 49 tonnes en  2016, avec une recette d’exportation de 1,5 milliards de dollars. Ce qui a suffi à éclipser le fait qu’il est le cinquième producteur mondial de bauxite avec une production estimée à 24,5 millions de tonnes en 2016, soit une recette de 622 millions de dollars. Cette filière témoigne de la situation de la Guinée qui possède de réserves importantes de ressources minière mais qui ne sont pas exploitées. Sa réserve de bauxite est d’environ 7,4 milliards de tonnes, soit l’une des plus importantes dans le monde. Parmi les « petits » pays de la région, le Libéria est le seul à tirer profit de la flambée du prix de l’or et a récolté 230 millions de dollars en 2016, à tel point que les exportations traditionnelles du pays ont été moins en vue.

Une opportunité pour la diversification

« Il est essentiel que l’Afrique de l’Ouest saisisse cette opportunité pour diversifier son économie et ne plus être dépendante du pétrole et des minerais, appelle le directeur exécutif régional de l’Afrique de l’Ouest anglophone d’Ecobank. La région doit accroître la production et la transformation des matières premières agricoles, améliorer la logistique et exploiter son leadership financier et boursier. Si les pays d’Afrique de l’Ouest conservent une bonne discipline fiscale, les perspectives de croissance sont très bonnes ».

La région est également un centre financier, détenant environ 39 % des actifs bancaires de l’Afrique en 2015, principalement au Nigeria, selon les estimations d’Ecobank. Le Nigeria et le Ghana abritent deux des plus grandes bourses d’Afrique, à Lagos et Accra. En matière d’industrialisation, le Nigéria connaît une importante avancée en devenant le premier producteur de ciment d’Afrique de l’Ouest, avec une capacité installée estimée à 42,7 millions de tonnes en 2015. Lagos abrite le plus grand complexe de raffinage du sucre au monde.

La Gambie a une industrie en bonne santé. En 2016, elle a exporté du textile pour une valeur de 9 millions de dollars contre 7 millions de dollars pour les tissus. La Guinée investit dans l’énergie avec un nouveau barrage hydroélectrique opérationnel d’ici 2021. Le Libéria s’est spécialisée dans la réexportation de navire qui a rapporté 256 millions de dollars en 2016, soit la première exportation du pays. La Sierra Leone a une filière fer qui peut sortir de sa léthargie quand les cours mondiaux permettront une exploitation profitable.

L’agriculture une valeur sure

Le Nigeria, ce n’est pas que du pétrole. Sa filière agricole est diversifiée. Elle produit 55 millions de tonnes de manioc et 45 millions de tonnes d’ignames. Son principal produit d’exportation est le cacao et produits cacaotés, un marché qui pèse 900 millions de dollars en 2016. La filière noix d’acajou a une production estimée à 190 000 tonnes en 2017, soit 5,7 % de la production mondiale. Le pays a produit en 2014 151 000 tonnes de caoutchouc naturel.

Le Ghana devance le Nigéria dans la filière Cacao. Etant le deuxième producteur mondial de cacao derrière la Côte d’Ivoire, elle fournit 20% de la production mondiale, soit 950 000 tonnes en 2016/17. Les autres produits agricoles du pays sont la noix de cajou (165 000 tonnes), la noix de karité (53 000 tonnes), la banane (53 000 tonnes), le caoutchouc naturel (22 000 tonnes). Le secteur agro-alimentaire se développe avec notamment une production de 560 000 tonnes d’huile de palme brute, 390 000 tonnes de riz blanchi.

Le Libéria n’a pas beaucoup de terres cultivables, mais il y a des filières qui se portent bien, à l’échelle du pays. La production de caoutchouc naturel est de 75 400 tonnes en 2016 pour une recette de 107 millions de dollars. Le pays produit aussi de l’huile de palme. Les nouvelles plantations à l’initiative d’entreprises d’Asie du sud-Est devraient augmenter considérablement une production actuelle estimée à 45 000 tonnes.

La Sierra Leone a un nouvel or vert, l’inuline qui est extrait des rhizomes. Cette filière a permis au pays d’engranger 88 millions de dollars de recettes à l’exportation. Les principaux produits d’exportation restent les crevettes avec une recette de 159 millions de dollars et le miel qui a rapporté 142 millions de dollars en 2016. La Gambie exporte principalement de produits alimentaires dont la farine et les produits laitiers, rapportant au pays 18 millions de dollars en 2016. L’arachide est également une filière importante avec 80 000 tonnes de production et une recette à l’exportation de 10 millions de dollars.

Dans l’ensemble, la remontée des prix du pétrole, la hausse des prix de certains minerais, une production agricole tournée vers l’exportation, une augmentation des dépenses budgétaires, une situation politique apaisée, une industrie en bonne santé… tels sont les ingrédients du vent de croissance qui souffle sur l’Afrique de l’Ouest anglophone. La reprise est notable dans les petits pays touchés il y a quelques années parmi l’épidémie de l’Ebola. Les perspectives économiques sont plus que positives dans toute la région.